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Hier
à Berne, la Fondation Oertli remettait ses prix
annuels. La fondation s'est fixé pour but
d'encourager une meilleure compréhension et un
meilleur échange entre les quatre langues et
régions culturelles suisses. L'année
dernière, elle avait souhaité
récompenser conjointement Martin Heller et Nelly
Wenger. Celle-ci avait refusé son prix parce qu'elle
souhaitait qu'il soit attribué aux huit directeurs
d'Expo.02. C'était trop pour la fondation qui, cette
année, a tout de même vu plus large que ses
habitudes en récompensant trois personnes: le mime
tessinois Dimitri, l'humoriste alémanique Emil et le
dessinateur de presse romand Chappatte, qualifiés par
l'écrivain et professeur romanche Iso Camartin, en
charge de la laudatio, de «trois mousquetaires suisses
de la culture du rire».
Quand ce fut le tour de Chappatte de prendre la parole, il a
un peu surpris son auditoire en signalant que le
caricaturiste qui avait le plus uvré pour le
rapprochement entre les communautés linguistiques ce
n'était pas lui, mais Christoph Blocher. Surtout, il
a joué la modestie en expliquant qu'il était
venu par admiration pour ses aînés. En fait,
à 36 ans, le dessinateur, dans le métier
depuis une quinzaine d'années, reconnaît qu'il
s'est senti troublé d'être ainsi
récompensé en même temps que deux hommes
qui ont des décennies de carrières bien
remplies derrière eux: «Quand je l'ai appris,
j'ai eu un peu peur. Je me suis dit: «Me voilà
institutionnalisé.» Mais surtout, il fait un
double distinguo entre lui et les deux autres
lauréats. «Je n'aurai jamais la même
célébrité qu'eux parce que le dessin de
presse touche un public forcément plus restreint. De
plus, je les considère comme des artistes pratiquant
deux formes d'humour différentes tandis que je me
sens plus proche du journalisme, de la chronique. L'humour
est pour moi une façon de donner plus de grâce
à un regard sur le monde, à un
commentaire.»
Il reste que le prix récompense bien un homme depuis
très longtemps intéressé par les
notions de frontières culturelles et linguistiques.
«C'est une chance inouïe, le dessin permet
beaucoup plus facilement que l'écriture de se
confronter à d'autres publics. J'ai été
contacté par la Weltwoche en hiver 1996, alors que
j'étais installé à New York et que je
vivais déjà cette expérience avec le
monde anglo-saxon en travaillant pour le New York Times et
l'International Herald Tribune. Pour moi, avec un journal
alémanique, j'allais rencontrer le véritable
exotisme. J'imaginais que ce serait très sportif,
avec des Kultur Clash, et que ça ne durerait pas plus
d'une année.»
Finalement, les lecteurs de la Weltwoche ont pu voir
Chappatte pendant cinq ans en une de leur journal avant
qu'il ne rejoigne la NZZ am Sonntag. «J'ai
découvert une évidence: qu'il y a beaucoup
moins de différences entre les lecteurs du Temps et
de la NZZ qu'il peut y en avoir entre des citadins et des
paysans par exemple. Ils partagent fondamentalement les
mêmes références», explique-t-il.
«Un de mes rares chocs culturels s'est produit quand
j'ai dessiné des isoloirs lors de votations. On m'a
alors signalé qu'à Zurich il n'y a pas
d'isoloirs! &endash; symbole que je pensais pourtant
universel.»
Par ailleurs, comme Chappatte le signale lui-même,
c'est une coutume dans les journaux alémaniques, qui
évoquent chez eux une absence de tradition, de
reprendre les dessins de presse romands. Martial Leiter a
ainsi été le premier à voir ses
uvres largement diffusées en Suisse
alémanique mais aussi en Allemagne.
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