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CULTURE : Chappatte parmi les «mousquetaires du rire»

Date de parution:

Jeudi 30 octobre 2003

Auteur:

Elisabeth Chardon


Le dessinateur du «Temps» a reçu mercredi à Berne le Prix de la Fondation Oertli. Tout comme ses aînés, l'humoriste alémanique Emil et le mime Dimitri, il a été récompensé pour son coup de crayon qui franchit les barrières linguistiques. Mais lui se sent bien plus journaliste qu'artiste.

Hier à Berne, la Fondation Oertli remettait ses prix annuels. La fondation s'est fixé pour but d'encourager une meilleure compréhension et un meilleur échange entre les quatre langues et régions culturelles suisses. L'année dernière, elle avait souhaité récompenser conjointement Martin Heller et Nelly Wenger. Celle-ci avait refusé son prix parce qu'elle souhaitait qu'il soit attribué aux huit directeurs d'Expo.02. C'était trop pour la fondation qui, cette année, a tout de même vu plus large que ses habitudes en récompensant trois personnes: le mime tessinois Dimitri, l'humoriste alémanique Emil et le dessinateur de presse romand Chappatte, qualifiés par l'écrivain et professeur romanche Iso Camartin, en charge de la laudatio, de «trois mousquetaires suisses de la culture du rire».
Quand ce fut le tour de Chappatte de prendre la parole, il a un peu surpris son auditoire en signalant que le caricaturiste qui avait le plus œuvré pour le rapprochement entre les communautés linguistiques ce n'était pas lui, mais Christoph Blocher. Surtout, il a joué la modestie en expliquant qu'il était venu par admiration pour ses aînés. En fait, à 36 ans, le dessinateur, dans le métier depuis une quinzaine d'années, reconnaît qu'il s'est senti troublé d'être ainsi récompensé en même temps que deux hommes qui ont des décennies de carrières bien remplies derrière eux: «Quand je l'ai appris, j'ai eu un peu peur. Je me suis dit: «Me voilà institutionnalisé.» Mais surtout, il fait un double distinguo entre lui et les deux autres lauréats. «Je n'aurai jamais la même célébrité qu'eux parce que le dessin de presse touche un public forcément plus restreint. De plus, je les considère comme des artistes pratiquant deux formes d'humour différentes tandis que je me sens plus proche du journalisme, de la chronique. L'humour est pour moi une façon de donner plus de grâce à un regard sur le monde, à un commentaire.»
Il reste que le prix récompense bien un homme depuis très longtemps intéressé par les notions de frontières culturelles et linguistiques. «C'est une chance inouïe, le dessin permet beaucoup plus facilement que l'écriture de se confronter à d'autres publics. J'ai été contacté par la Weltwoche en hiver 1996, alors que j'étais installé à New York et que je vivais déjà cette expérience avec le monde anglo-saxon en travaillant pour le New York Times et l'International Herald Tribune. Pour moi, avec un journal alémanique, j'allais rencontrer le véritable exotisme. J'imaginais que ce serait très sportif, avec des Kultur Clash, et que ça ne durerait pas plus d'une année.»
Finalement, les lecteurs de la Weltwoche ont pu voir Chappatte pendant cinq ans en une de leur journal avant qu'il ne rejoigne la NZZ am Sonntag. «J'ai découvert une évidence: qu'il y a beaucoup moins de différences entre les lecteurs du Temps et de la NZZ qu'il peut y en avoir entre des citadins et des paysans par exemple. Ils partagent fondamentalement les mêmes références», explique-t-il. «Un de mes rares chocs culturels s'est produit quand j'ai dessiné des isoloirs lors de votations. On m'a alors signalé qu'à Zurich il n'y a pas d'isoloirs! &endash; symbole que je pensais pourtant universel.»
Par ailleurs, comme Chappatte le signale lui-même, c'est une coutume dans les journaux alémaniques, qui évoquent chez eux une absence de tradition, de reprendre les dessins de presse romands. Martial Leiter a ainsi été le premier à voir ses œuvres largement diffusées en Suisse alémanique mais aussi en Allemagne.


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